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Vítor Constâncio, vice-président de la BCE, décrit les véritables causes de la crise

Publié le 19 Juin 2015 par Didier in finance, Crise

Merci de ce superbe discours prouvant qu'il existe encore des hommes intègres en Europe .

Ces réflexions de bon sens qui montrent une véritable honneteté intellectuelle de la part de Constancio , se font curieusement l'écho de ce que disait Milton Friedman il y a quelques années , bien que Friedman soit un monétariste convaincu ..

L’euro va être une grande source de problèmes, non pas une source d’aide. L’euro n’a pas de précédent. Autant que je sache, il n’y a jamais eu d’union monétaire, lançant une monnaie fiduciaire, composée d’États indépendants. Il y a eu des unions basées sur l’or ou l’argent, mais pas sur de la monnaie fiduciaire – monnaie vouée à faire de l’inflation – lancée par des entités politiquement indépendantes. (interview au New Perspectives Quarterly Magazine, 2005).

Voici ce que déclarait Friedman le 17 juillet 1998 dans une interview à Radio Australia, au moment où, rappelons-le, la création de l’euro suscitait beaucoup d’enthousiasmes dans les milieux d’affaires et financiers :

Radio Australia : […] Pourrais-je juste prendre la liberté de vous demander ce que vous pensez des tentatives en Europe de créer une zone de monnaie commune ? Est-ce que vous êtes optimiste sur leur succès ?

Professeur Friedman : Je pense que c’est un grand jeu de hasard et je ne suis pas optimiste. Malheureusement, le Marché Commun n’a pas les caractéristiques qui sont exigées pour constituer une zone de monnaie commune. Une zone de monnaie commune est une très bonne chose dans certaines circonstances, mais pas nécessairement dans d’autres.

Les États-Unis sont une zone de monnaie commune. L’Australie est aussi une zone de monnaie commune. Les caractéristiques qui rendent l’Australie et les États-Unis favorables à une monnaie commune sont que les populations y parlent toutes la même langue ou une langue approchant ; il y a une liberté de mouvement des gens d’un point à un autre du pays de sorte qu’il y a unemobilité considérable ; et il y a beaucoup de flexibilité des prix et, dans une certaine mesure, des salaires.

Enfin, il y a un gouvernement central qui est grand comparé aux gouvernements des États locaux de sorte que si des circonstances spéciales affectent une partie du pays défavorablement, il y aura des flux de fonds en provenance du centre qui auront tendance à fournir des compensations.

Si vous regardez la situation du Marché commun, elle n’a aucune de ces caractéristiques. Vous avez des pays avec des gens qui parlent tous des langues différentes. Il y a très peu de mobilité des gens d’un point du Marché commun à un autre. Les gouvernements locaux sont très grands comparés au gouvernement central, à Bruxelles. Les prix et les salaires sont soumis à toutes sortes de restrictions et de contrôles.

Les taux de change des différentes monnaies fournissaient un mécanisme pour s’adapter aux chocs et aux événements économiques qui affectaient des pays différents, différemment. En établissant la zone de monnaie commune, l’euro, les pays séparés rejettent essentiellement ce mécanisme d’ajustement. Qu’est-ce qui s’y substituera ?

Peut-être auront-ils de la chance. Il est possible que les événements, qui apparaîtront dans les 10 ou 20 années prochaines, seront communs à tous les pays ; il n’y aura pas de choc, pas d’événement économique qui affectera les différentes parties de la zone euro asymétriquement. Dans ce cas, ils s’entendront très bien et peut-être les pays séparés desserreront-ils progressivement leurs réglementations, se débarrasseront-ils de certaines de leurs restrictions et s’ouvriront-ils de sorte qu’ils seront plus adaptables, plus flexibles.

D’un autre côté, la possibilité plus vraisemblable est qu’il y aura des chocs asymétriques frappant les différents pays. Cela signifiera que le seul mécanisme d’ajustement dont ils pourront se satisfaire sera budgétaire et fiscal, avec du chômage : pression sur les salaires, pression sur les prix. Il n’y aura pas d’échappatoire.

Avec un “conseil d’administration de la monnaie”, il y a toujours la possibilité ultime que vous brisiez le “conseil”. Hong-Kong peut démanteler demain son “conseil” s’il le veut. Il ne le veut pas et je ne pense pas qu’il le voudra. Mais il pourrait le vouloir.

Supposons que les choses aillent mal et que l’Italie ait des problèmes ; comment l’Italie se débarrassera-t-elle du système de l’Euro ? Elle n’aura plus de lire après tout, en 2000 ou 2001, de sorte que ça devient un très grand jeu de hasard.

Je souhaite que la zone euro marche bien ; ce sera dans l’intérêt de l’Australie et des États-Unis que l’euro soit une réussite. Mais je suis très inquiet des nombreuses incertitudes en perspective.

Ces réflexions de bon sens montrent une fois de plus que les carcans et les clivages ont occulté la perception de certaines réalités en bloquant toute réflexion au fond comme en témoigne la réflexion de Rocard . Les mots sont devenus les choses , ceci de manière d'autant plus perverse que beaucoup de mots ont été totalement vidés de leur contenu, ces déviations sémantiques ayant été récupérées par seul souci de clientèlisme électoral sans jamais essayer de comprendre ce qu'ils recouvraient .

“Le responsable de la crise, c’est Milton Friedman !” C’est en ces termes que, l’année dernière, l’ancien Premier ministre de la France, Michel Rocard, avait accusé l’économiste et les partisans du libéralisme d’être responsables des difficultés financières actuelles.

Si les dirigeants Français (de droite comme de gauche) avaient écouté ces réflexions de bon sens au lieu d'écouter leurs soi-disant Experts , nous n'en serions sans doute pas là .

Et encore une fois on ne peut que se référer à De Gaulle , qui non seulement savait écouter le bon sens populaire , le préférant à celui de la "bourgeoisie" , que le commissaire Jean François Gayraud va désormais jusqu'à qualifier de bourgeoisie criminelle dans son intervention devant la commission Européenne .



Salon doré, 16 janvier 1963. Entretien avec Alain Peyrefiite. C’était De Gaulle, la France redevient la France, p 387-388

“Peyrefitte, je vous supplie de ne pas traiter les journalistes avec trop de considération. Quand une difficulté surgit, il faut absolument que cette faune prenne le parti de l’étranger, contre le parti de la nation dont ils se prétendent pourtant les porte-parole. Impossible d’imaginer une pareille bassesse – et en même temps une pareille inconscience de la bassesse.

Vos journalistes ont en commun avec la bourgeoisie française d’avoir perdu tout sentiment de fierté nationale. Pour pouvoir continuer à dîner en ville, la bourgeoisie accepterait n’importe quel abaissement de la nation. Déjà en 40, elle était derrière Pétain, car il lui permettait de continuer à dîner en ville malgré le désastre national. Quel émerveillement ! Pétain était un grand homme. Pas besoin d’austérité ni d’effort ! Pétain avait trouvé l’arrangement. Tout allait se combiner à merveille avec les Allemands. Les bonnes affaires allaient reprendre.

Bien entendu, cela représente 5% de la nation, mais 5% qui, jusqu’à moi ont dominé. La Révolution française n’a pas appelé au pouvoir le peuple français, mais cette classe artificielle qu’est la bourgeoisie. Cette classe qui s’est de plus en plus abâtardie, jusqu’à devenir traîtresse à son propre pays. Bien entendu, le populo ne partage pas du tout ce sentiment. Le populo a des réflexes sains. Le populo sent où est l’intérêt du pays. Il ne s’y trompe pas souvent.

En réalité, il y’a deux bourgeoisies. La bourgeoisie d’argent, celle qui lit Le Figaro, et la bourgeoisie intellectuelle, qui lit Le Monde. Les deux font la paire. Elles s’entendent pour se partager le pouvoir.”
[Charles de Gaulle]

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