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A nous de faire la part des choses : http://freezon.fr.nf/

Attentats du 13-11-2015 à Paris - FRANCE

Publié le 11 Décembre 2015 par Didier in Guerre

J'ouvre ce post pour la tragédie qui vient d'avoir lieu à Paris ce soir.

Plusieurs attentats, une prise d'otage au Bataclan et des explosions à proximité du stade de France.

Au 13-11-2015

Ajout du 14-11-2015

L'attentat à Paris a été revendiqué par l'Etat Islamiste.

Ajout du 14-11-2015

Louise a 27 ans. Vendredi soir, elle était au concert d’Eagles of Death Metal au Bataclan. Une balle des terroristes l’a blessée au crâne. Elle livre à «Libération» ce témoignage écrit : «Pour que ceux qui veulent savoir sachent.»

«C’est fou comme les détails sont importants, c'est ce qui te raccroche à la vie»
«Vendredi, j’ai rejoint mon amie des concerts vénères, celle qui fait des pogos avec moi comme quand on avait 14 ans, celle que je perds dans la foule après la première chanson et que je rejoins à la fin avec un "c’était si BIEN, nan ? SI BIEN OUAIIIIS !" Avant, on a bu des bières au bar. Le serveur n’avait plus de Picon, et ce genre de détail est important. Du coup, on lui a dit qu’on n’allait pas s’attarder. Ça faisait longtemps que je n’avais pas dit à autant de monde où j’allais et ce que j’allais faire. J’étais contente comme à mon premier concert. On entre dans la salle, on va prendre des bières coupées à l’eau (dédicace @MantraPaul). Et puis on se fait des copains de concert. Plein. Comme d’habitude. On prend des gens en photo avec leur téléphone. On se moque un peu de ceux qui font semblant d’avoir un ami devant pour gruger deux rangs. On est au milieu de la salle quand le concert commence. Avec le mouvement de la foule, je perds ma pote, comme d’habitude, et je me retrouve devant le bassiste, à droite de la scène, au deuxième-troisième rang. Le concert commence, la foule, le bonheur. Entre les morceaux, je raconte à une fille à quel point le chanteur est sexy. On rigole. Le groupe joue Save a Prayer, de Duran Duran. Alors on chante fort en croisant nos bras sur nos cœurs.

«Je croise un regard»
«Et puis, là, des pétards. Comme une enceinte qui pète ou, comme parfois, un type à l’arrière de la salle qui fait un jeu avec le groupe. Il y a des cris, mais on ne comprend pas tout de suite. Le groupe est déjà sorti de scène. Je me retourne : des gens se couchent. Et, là, l’odeur de sang. De sang chaud. Je croise le regard vide d’un type. Il ne cligne plus des yeux et tombe. Par un effet de dominos, tout le monde s’allonge, plus ou moins les uns sur les autres. A côté de la barrière qui nous sépare de la scène, nous n’avons que la place de nous accroupir. Je ne comprends rien de ce qui se passe mais j’essaie de me faire toute petite. Des tirs résonnent. Je suppose que ce sont des tirs en l’air, car aucun cri ne les suit. Je place mon sac à dos devant ma tête pour me protéger des tireurs. J’en vois un au balcon en face de moi, et je suis sûre qu’il y en a un à l’entrée à ma gauche. Je me recroqueville. Les gens essaient de passer par-dessus la barrière pour rejoindre les loges. Je me fais emporter un peu et je perds mes baskets. C’est fou comme les détails vestimentaires et physiques sont importants, car, en fait, ce sont les trucs qui te raccrochent à la vie. La vie réelle. Parce que là, c’est un jeu. C’est pas possible autrement.

«Je regarde un peu, je vois pas ma pote. Les coups de feu reprennent, tout le monde se recouche. Et, là, silence dans la foule. A côté de moi, des gens murmurent : "Quelqu’un a appelé la police ?" "Non, je peux pas atteindre mon portable." "Je pense qu’on doit pas bouger." "Ça va, toi ?" "Qui est touché ?" Ça tire et on ne bouge pas. Il y a des cris et les gens ne bougent toujours pas. En me baissant complètement, j’ouvre mes yeux pour la première fois depuis quelques minutes. Je regarde mes pieds. Et dans nos corps entremêlés, je croise un regard. Vide. A mes pieds. Une fille est allongée sur mes jambes. Elle ne pleure pas vraiment, elle ne respire pas vraiment.

«Rafale de balles. J’entends un sifflement dans mon oreille droite. Un gros acouphène. Je me rends compte que je saigne. Alors, je me tiens la tête pour éviter de salir l’ensemble de la salle - c’est vraiment ce que je me suis dit. La fille à côté de moi a dû être touchée par la même balle au bras, ou par la même rafale. Elle saigne beaucoup et a très peur. On se demande en murmurant comment ça va. Moi, touchée à la tête, je sais que je vais mourir comme dans les films. Alors, je fais comme dans les films : je murmure plusieurs fois mon nom et dis de dire à mes proches que je les aime. Et le silence reprend. On ne sait pas où ils sont. Où les "méchants" sont. On ne bouge pas. Les portables commencent à sonner. Pourtant, on ne veut pas qu’ils sonnent. Car chaque sonnerie peut rappeler aux méchants qu’on est là et qu’ils veulent nous tuer.

«Je cherche ma pote dans la foule allongée, je cherche ses tatouages sur les cadavres pleins de sang. Je ne la vois pas. J’espère qu’elle est partie. Je croise le regard d’un garçon avec qui je discutais avant le concert. On se fait des checks mentaux. Ce type, j’ai croisé son regard quelques dizaines de fois, et il m’a tellement aidée. Il faisait son premier slam une heure avant. Un mec cool que j’aimerais tellement retrouver. Mon sac commence à vibrer. Je ne peux pas l’atteindre, mais de toute façon je n’aurais pas essayé. Je compte les vibrations. Il y en a onze. C’est un appel. Puis d’autres. Là, je sens de moins en moins que je vais mourir. Si j’arrive à compter les sonneries, c’est que mon cerveau fonctionne. Alors, je compte les sonneries en regardant le sol. Mon sac est devenu mon doudou, il me permet de ne pas voir ce qui se passe. D’être dans ma bulle où je compte les sonneries en ne pensant à rien d’autre.

«Après des minutes qui paraissent être des heures, les secours arrivent. Ils entrent par le bas et n’osent pas approcher. On ne bouge toujours pas. On entend un type hurler de douleur. Les secours, on sait pas s’ils sont du bon côté de la force ou pas. Des mecs habillés en noir avec des armes, on ne sait pas. Mais, dans le doute, je commence à bouger mes pieds dans l’optique de pouvoir courir sans être engourdie. Les gentils nous demandent où les méchants sont situés. Ils doivent d’abord s’assurer que personne ne tirerait sur nous pendant l’évacuation. A ce moment, un gars arrive sur la scène et dit que les terroristes ont des otages dans les loges, qu’ils veulent parler à quelqu’un de la police, qu’il faut appeler tel numéro. Le GIGN ne retient pas le numéro directement, alors que nous, on l’a gravé en une seconde. On est toujours au bord de la barrière, si près des terroristes dans les loges. En plein milieu des potentiels coups de feu. Et, bizarrement, c’est motivant.

«On nous demande de nous lever doucement mais rapidement pour atteindre la sortie. En se levant, mon champ de vision s’agrandit et je comprends l’horreur. Des flaques de sang et des bras tatoués sans vie. Je regarde vers la sortie. On nous demande de lever les mains et de ne rien prendre. On me demande si mon sac a été rempli d’explosifs en me laissant passer, sans attendre la réponse, car je saigne. En sortant de la salle, je vois le vigile qui m’avait mis le tampon translucide sur le poignet. Il gît devant la porte. On me dit de passer par la porte vitrée cassée. Je suis pieds nus. On nous dit de longer les murs, de faire vite. On nous fait entrer dans une cour d’immeuble. Le Samu est là. Des blessés sont alignés. On est à deux immeubles du Bataclan, on entend des coups de feu. On regarde ma tête. Je demande très sobrement et calmement si je vais mourir là, si la balle est à l’intérieur, si c’est horrible, si tout le monde est sorti, s’il y a des toilettes. On me répond que je parle trop, trop vite et trop distinctement pour que ce soit très grave, sinon je ne pourrais pas parler du tout. On me met un "bracelet de festival" avec des codes barres qu’on me scannera à chaque changement d’emplacement, et une feuille que je mets autour de mon cou, avec mon nom - "c’est joli, Louise" - et mes allergies. Je trouve ça super bien organisé, et j’aime bien les choses bien organisées.

«Je saigne vénère, en fait»
«J’appelle ma Tiphon, elle ne répond pas, mais elle m’a appelée dix-sept fois, donc je suppose qu’elle est vivante. J’appelle mes proches, leur donne peu d’infos, concise mais claire car je suis une pro des situations de crise, il paraît… Je fais des blagues, je donne de l’eau aux gens pour m’occuper, je regarde Twitter. C’est la folie, je n’ai jamais eu autant de notifications. Rapidement, on me dit que ma Tiphon est vivante, dans un appart, et qu’elle va bien. On me fait un bandage. Et là, l’attente. On ne sait rien de ce qui se passe. Des pompiers portent des blessés sur des barrières de sécurité qu’ils utilisent comme des brancards. Ça dure au moins deux heures. Pas mal de morts passent devant moi. Un pompier me demande si ça va. Je lui réponds : "Ouais, et toi ?" "Bah, moi, c’est mon métier ce genre de choses." "Ouais. Mais t’as jamais vécu ce genre de choses ?" "Bof, non." Un autre pompier me prend en charge. Il me dit de le suivre et me demande si je peux courir. Bof, j’ai pas de chaussures, quoi… On arrive dans un café. Je m’assieds à côté d’un homme blessé à une jambe. Il est trop bien car on peut faire des blagues. J’ai beaucoup envie de faire des blagues. J’ai aussi toujours envie d’aller aux toilettes (depuis avant le concert, merci la bière) et pour y aller, il faut passer devant des morts. Alors j’ai moyen envie. Je saigne vénère, en fait. On fait des blagues sur les remboursements des places et on rigole. Ça fait du bien. On nous dit qu’on va être transportés à Cochin. Je demande douze fois si on va bien à Cochin car je suis chiante, même dans ce genre de situation. En sortant, on tombe sur Hollande.

«Plutôt 2 millimètres»
A l’hôpital, on m’observe la tête, c’est pas joli mais c’est propre et y a pas de morceau de balle, donc c’est mieux. C’était un tir direct. "J’ai eu 5 mm de chance, en fait ?" "Plutôt 2 mm." On me fait des points de suture et j’suis moyen bien. Mais on ne me coupe pas les cheveux car ils sont beaucoup trop beaux. On me dit que "sang + sang inconnu = risque de sida", donc je prends une trithérapie pour trois jours, qui va se transformer en un mois si le médecin que je verrai après pense que c’est nécessaire. Je vais faire un scanner. En sortant, je vois la photo de mon crâne. Et de mon cerveau. Et là, je comprends et je pleure en tremblant.

«Mes parents sont là. Je vais à la cellule psy. La meuf me dit : "Tu veux me dire ce qui s’est passé ?" Bien sûr que je vais te vomir toute ma version dessus, tu vas pas comprendre, meuf. Finalement, elle me donne un conseil plus approprié : "Vous avez le droit de ne pas tout dire à tout le monde. Et essayez de ne pas trop ressasser." C’est pour ça que j’écris tout ça. Pour que ceux qui veulent savoir sachent.

«Depuis vendredi, j’ai un torticolis à cause de ma position dans la salle et j’ai peur des portes qui claquent. Mais j’ai envie d’aller voir des concerts.»

Témoignage au Bataclan

Ajout du 14-11-2015

Ajout du 14-11-2015

Ajout du 15-11-2015

Ajout du 15-11-2015 : Datant du 28-09-2014

Ajout du 15-11-2015 : Une vidéo qui date mais qui monte que certains jeunes sont actifs et revendicatifs concernant certains sujets et qu'ils sont loin de ne pas avoir un dialogue et un argumentaire qu'il serait bon d'entendre. Encore une fois, nos politiques manquent p-e d'écoute et de dialogue avec le peuple qu'ils représentent.

Pourquoi je n’adopterai pas le drapeau tricolore comme symbole de ma solidarité avec les victimes de Paris ?

Non, je ne mettrai pas de drapeau français en semi-transparence sur ma photo de profil, tout comme je ne me suis jamais déclarée « être Charlie ». Non pas parce que je ne suis pas solidaire avec Paris. Au contraire j’ai eu un frisson horrible dans le ventre quand j’ai su, j’ai cherché à savoir si les gens qui m’y sont chers étaient en sécurité. Heureusement, je crois qu’ils le sont tous. Oui, cet horrible carnage me fait trembler car il est vrai que dans ma chair et dans mes tripes, il m’est plus proche que d’autres conflits dans des lieux où je n’ai pas habité, et où je n’ai aucun être proche. Mais si j’ai de la solidarité et de l’empathie pour tous les Parisiens et les proches des victimes, en aucun cas je ne me servirai du drapeau français pour l’exprimer et en aucun cas je n’encouragerai le discours unique qui, soudainement, nous fait oublier tous les autres morts en ce moment dans le monde et qui n’ont pas eu la chance, eux, d’être Parisiens (ou citoyens d’une grande puissance occidentale) pour qu’on en fasse des martyrs.
Mon malaise avec cette vague de photos bleu/blanc/rouge est multiple et je me dois de l’exprimer, en espérant humblement que mes réflexions puissent alimenter les vôtres.
1. Pour moi le DRAPEAU français représente l’ÉTAT FRANÇAIS et non pas les individus innocents de diverses nationalités qui ont été blessés et tués dans cette tragédie. L’ÉTAT FRANÇAIS a une grande responsabilité dans les attentats qu’elle vient de subir – pas les personnes qui ont péri, bien évidemment. L’État français, par la bouche de François Hollande, vient d’affirmer que cet attentat est un acte de guerre et qu’il répondra par un « combat impitoyable contre le terrorisme ». Sous-entendu : il servira à justifier dans le futur ENCORE PLUS DE GUERRES, qui tueront BEAUCOUP plus de civils que les attentats de vendredi, probablement au Proche-Orient. Sous-entendu, aussi : justification de violations des droits humains au nom de la sécurité nationale, banalisation du profilage racial et de la fermeture des frontières à l’immigration.
L’État français de par sa logique (post-)coloniale maintient partout à travers le monde des régimes dictatoriaux et des situations d’exploitation, de violence et d’inégalités économiques innommables. Il est impliqué militairement dans de nombreux conflits armés, au Moyen-Orient et en Afrique (Irak, Afghanistan, Libye, Tchad, Mali, Liban, Guinée, Côte-d’Ivoire.... pour n’en citer que quelques-uns) qui tuent chaque année des milliers personnes innocentes. Ces conflits et cette occupation militaire GÉNÈRENT le type de désarroi et de haine profonde (de soi, de l’autre) qui mènent aujourd’hui tant de jeunes hommes à se tourner vers l’extrémisme religieux et le terrorisme comme seule manière d’exister dans le monde. L’État français se réjouit d’avoir connu en 2015 la plus importante exportation d’armes de toute son histoire et d’être passé au second rang mondial d’exportation d’armes après les États-Unis. Et après on se demande POURQUOI des FOUS (certes, ils le sont, mais le sont-ils sans raison?) attaquent la France avec les mêmes armes qui lui ont généré cette année un profit de 17 milliards d’euros?
L’État français est un État à deux vitesses, où un racisme persistant enferme dans des ghettos et emplois précaires beaucoup trop de citoyens issus de l’immigration et de ses colonies contemporaines qu’elle appelle désormais DOM-TOM. L’État français, c’est aussi celui qui a déporté cette année 17 000 sans-papiers tout en profitant de leur travail bon marché dans tellement de secteurs de son économie, c’est celui qui militarise ses frontières et rend les traversées de plus en plus meurtrières pour les migrants qui tentent de rejoindre les côtes de l’Europe parce que l’inégalité profonde du système économique mondial – dont la France est l’un des grands privilégiés - fait en sorte qu’ils n’ont PAS D’AUTRE possibilité d’avenir dans leur pays d’origine. Ils sont déjà plus de 3 000 morts en Méditerrannée cette année.
2. Je ne vais pas faire une hiérarchisation de ma solidarité, parce que je me trouverais très hypocrite d’arborer aujourd’hui le drapeau français alors que je n’ai pas fait de même avec le drapeau kényan suite à la fusillade de 147 morts par des islamistes dans une université à Garissa en avril dernier. Alors que depuis 2011, plus de 300 000 civils sont morts en Syrie. Et que depuis 1988, plus de 6 millions de personnes sont mortes – et continuent à mourir – au Congo, sur fond d’intérêts miniers. Qui parle de cette tragédie, la plus meurtrière depuis la Seconde guerre mondiale? En ce moment-même, je pleure aussi la mort du Rio Doce, fleuve majeur du Brésil, où le barrage de Bento Rorigues (construit par un joint-venture minier anglo-brésilien) a cédé le 5 novembre dû à la négligence et la surexploitation minière. Une marée de boue toxique a littéralement englouti des villages entiers, causant plus de 400 morts, et anéanti toute forme de vie dans le fleuve. C’est potentiellement le plus grand crime environnemental de l’histoire du Brésil. Vous ai-je parlé des feux de forêt en Indonésie? Enfin, une pensée toute spéciale pour les 1186 femmes autochtones portées disparues ou assassinées depuis 1980 dans mon propre pays, le Canada. Le racisme systémique a lui aussi un bilan meurtrier désastreux. J’arrête ici, mais je pourrais continuer encore longtemps.
3. J’ai aussi très peur de l’illusion de solidarité et d’engagement politique que peut créer Facebook à travers ce type d’invitation à adhérer à des symboles massifs d’appartenance à une cause commune. Pour moi, en embrassant aveuglément ces symboles, on risque aussi d’aplanir les débats, d’homogénéiser toutes les saines nuances de réflexion que doivent générer ce type de tragédie. « Voilà, j’ai changé ma photo de profil, je suis solidaire, je me suis (gratuitement) acheté une bonne conscience et tous mes pairs savent que je suis une personne sensible et engagée. Je n’ai plus à réfléchir, on l’a déjà fait pour moi. » Vraiment? Je me méfie beaucoup du prêt-à-penser et du marketing de la solidarité. Je les trouve dangereusement simplistes. Je trouve qu’ils ouvrent la porte à l’instrumentalisation en faveur d’un agenda politique que je ne corrobore pas. Je n’achèterai pas l’illusion rassurante de m’être rangée du “bon côté” de l’histoire en publiant un amalgame entre ma face et le drapeau tricolore comme photo de profil. Je crois qu’il n’est pas banal de rappeler au passage que La Marseillaise - autre haut symbole de l’État français - fait l’apologie de la guerre. Étrange symbole de solidarité et de paix, qui me laisse en bouche un goût très amer.
Je partage la douleur et la tristesse des Parisiens aujourd’hui, tout spécialement parce que j’y ai vécu et que j’ai plusieurs amis qui y vivent. Mais jamais je ne laisserai la tristesse avoir raison de mon sens critique et de mes valeurs politiques. Jamais je ne voudrai servir à légitimer, de quelque façon que ce soit, la “guerre au terrorisme” qui est prônée par la France en cette heure. Cette guerre au terrorisme n’est pas la solution à la violence et à la barbarie. Au contraire. Répondre par la violence, c’est créer les conditions pour que d’autres attentats encore plus meurtriers continuent à arriver à Paris et ailleurs. Plutôt que d’adopter massivement le drapeau français en guise de symbole illusoire de réconfort en cette heure tragique, je souhaiterais plutôt que tous que ces morts servent à aiguiser notre conscience politique et notre solidarité pour l’humanité toute entière.

Émilie Beaulieu-Guérette

Ajout du 18-11-2015

Ajout du 18-11-2015 : Techniques d'endoctrinement

Ajout du 20-11-2015 : Certains sont actifs pour prendre à contre-pied les manipulateurs terroristes. N'hésitons pas à informer et prévenir si des choses se passent autour de nous. Ce n'est pas être une balance de vouloir être prévenant envers un proche et vouloir le protéger.

Ajout du 20-11-2015

Ajout du 24-11-2015 : Michel Onfray et ses propos repris par l'EI... non, cette personne n'est ni pro-EI, ni pro-FN...

Ajout du 24-11-2015

Ajout du 24-11-2015

Le djihadisme est une révolte générationnelle et nihiliste

La France en guerre ! Peut-être. Mais contre qui ou contre quoi ? Daech n’envoie pas des Syriens commettre des attentats en France pour dissuader le gouvernement français de le bombarder. Daech puise dans un réservoir de jeunes Français radicalisés qui, quoi qu’il arrive au Moyen-Orient, sont déjà entrés en dissidence et cherchent une cause, un label, un grand récit pour y apposer la signature sanglante de leur révolte personnelle. L’écrasement de Daech ne changera rien à cette révolte.

Le ralliement de ces jeunes à Daech est opportuniste : hier, ils étaient avec Al-Qaida, avant-hier (1995), ils se faisaient sous-traitants du GIA algérien ou pratiquaient, de la Bosnie à l’Afghanistan en passant par la Tchétchénie, leur petit nomadisme du djihad individuel (comme le « gang de Roubaix »). Et demain, ils se battront sous une autre bannière, à moins que la mort en action, l’âge ou la désillusion ne vident leurs rangs comme ce fut le cas de l’ultragauche des années 1970.

Il n’y a pas de troisième, quatrième ou énième génération de djihadistes. Depuis 1996, nous sommes confrontés à un phénomène très stable : la radicalisation de deux catégories de jeunes Français, à savoir des « deuxième génération » musulmans et des convertis « de souche ».

Le problème essentiel pour la France n’est donc pas le califat du désert syrien, qui s’évaporera tôt ou tard comme un vieux mirage devenu cauchemar, le problème, c’est la révolte de ces jeunes. Et la vraie question est de savoir ce que représentent ces jeunes, s’ils sont l’avant-garde d’une guerre à venir ou au contraire les ratés d’un borborygme de l’Histoire.

Quelques milliers sur plusieurs millions

Deux lectures aujourd’hui dominent la scène et structurent les débats télévisés ou les pages opinions des journaux : en gros, l’explication culturaliste et l’explication tiers-mondiste. La première met en avant la récurrente et lancinante guerre des civilisations : la révolte de jeunes musulmans montre à quel point l’islam ne peut s’intégrer, du moins tant qu’une réforme théologique n’aura pas radié du Coran l’appel au djihad. La seconde évoque avec constance la souffrance postcoloniale, l’identification des jeunes à la cause palestinienne, leur rejet des interventions occidentales au Moyen-Orient et leur exclusion d’une société française raciste et islamophobe ; bref, la vieille antienne : tant qu’on n’aura pas résolu le conflit israélo-palestinien, nous connaîtrons la révolte.

Mais les deux explications butent sur le même problème : si les causes de la radicalisation étaient structurelles, alors pourquoi ne touche-t-elle qu’une frange minime et très circonscrite de ceux qui peuvent se dire musulmans en France ? Quelques milliers sur plusieurs millions.

[...]

Islamisation de la radicalité

Presque tous les djihadistes français appartiennent à deux catégories très précises : ils sont soit des « deuxième génération », nés ou venus enfants en France, soit des convertis (dont le nombre augmente avec le temps, mais qui constituaient déjà 25 % des radicaux à la fin des années 1990). Ce qui veut dire que, parmi les radicaux, il n’y a guère de « première génération » (même immigré récent), mais surtout pas de « troisième génération ». Or cette dernière catégorie existe et s’accroît : les immigrés marocains des années 1970 sont grands-pères et on ne trouve pas leurs petits-enfants parmi les terroristes. Et pourquoi des convertis qui n’ont jamais souffert du racisme veulent-ils brusquement venger l’humiliation subie par les musulmans ? Surtout que beaucoup de convertis viennent des campagnes françaises, comme Maxime Hauchard, et ont peu de raisons de s’identifier à une communauté musulmane qui n’a pour eux qu’une existence virtuelle. Bref, ce n’est pas la « révolte de l’islam » ou celle des « musulmans », mais un problème précis concernant deux catégories de jeunes, originaires de l’immigration en majorité, mais aussi Français « de souche ». Il ne s’agit pas de la radicalisation de l’islam, mais de l’islamisation de la radicalité.

Qu’y a-t-il de commun entre les « deuxième génération » et les convertis ? Il s’agit d’abord d’une révolte générationnelle : les deux rompent avec leurs parents, ou plus exactement avec ce que leurs parents représentent en termes de culture et de religion. Les « deuxième génération » n’adhèrent jamais à l’islam de leurs parents, ils ne représentent jamais une tradition qui se révolterait contre l’occidentalisation. Ils sont occidentalisés, ils parlent mieux le français que leurs parents. Tous ont partagé la culture « jeune » de leur génération, ils ont bu de l’alcool, fumé du shit, dragué les filles en boîte de nuit. Une grande partie d’entre eux a fait un passage en prison. Et puis un beau matin, ils se sont (re)convertis, en choisissant l’islam salafiste, c’est-à-dire un islam qui rejette le concept de culture, un islam de la norme qui leur permet de se reconstruire tout seuls. Car ils ne veulent ni de la culture de leurs parents ni d’une culture « occidentale », devenues symboles de leur haine de soi.

La clé de la révolte, c’est d’abord l’absence de transmission d’une religion insérée culturellement. C’est un problème qui ne concerne ni les « première génération », porteurs de l’islam culturel du pays d’origine, mais qui n’ont pas su le transmettre, ni les « troisième génération », qui parlent français avec leurs parents et ont grâce à eux une familiarité avec les modes d’expression de l’islam dans la société française : même si cela peut être conflictuel, c’est « dicible ».

[...]

Des jeunes en rupture de ban

Les jeunes convertis par définition adhèrent, quant à eux, à la « pure » religion, le compromis culturel ne les intéresse pas (rien à voir avec les générations antérieures qui se convertissaient au soufisme) ; ils retrouvent ici la deuxième génération dans l’adhésion à un « islam de rupture », rupture générationnelle, rupture culturelle, et enfin rupture politique. Bref, rien ne sert de leur offrir un « islam modéré », c’est la radicalité qui les attire par définition. Le salafisme n’est pas seulement une question de prédication financée par l’Arabie saoudite, c’est bien le produit qui convient à des jeunes en rupture de ban.

[...]

En rupture avec leur famille, les djihadistes sont aussi en marge des communautés musulmanes : ils n’ont presque jamais un passé de piété et de pratique religieuse, au contraire. Les articles des journalistes se ressemblent étonnamment : après chaque attentat, on va enquêter dans l’entourage du meurtrier, et partout c’est « l’effet surprise : « On ne comprend pas, c’était un gentil garçon (variante : “Un simple petit délinquant”), il ne pratiquait pas, il buvait, il fumait des joints, il fréquentait les filles… Ah oui, c’est vrai, il y a quelques mois il a bizarrement changé, il s’est laissé pousser la barbe et a commencé à nous saouler avec la religion. » Pour la version féminine, voir la pléthore d’articles concernant Hasna Aït Boulahcen, « Miss Djihad Frivole ».

[...]

La violence à laquelle ils adhèrent est une violence moderne, ils tuent comme les tueurs de masse le font en Amérique ou Breivik en Norvège, froidement et tranquillement. Nihilisme et orgueil sont ici profondément liés.

Cet individualisme forcené se retrouve dans leur isolement par rapport aux communautés musulmanes. Peu d’entre eux fréquentaient une mosquée. Leurs éventuels imams sont souvent autoproclamés. Leur radicalisation se fait autour d’un imaginaire du héros, de la violence et de la mort, pas de la charia ou de l’utopie. En Syrie, ils ne font que la guerre : aucun ne s’intègre ou ne s’intéresse à la société civile. Et s’ils s’attribuent des esclaves sexuelles ou recrutent de jeunes femmes sur Internet pour en faire des épouses de futurs martyrs, c’est bien qu’ils n’ont aucune intégration sociale dans les sociétés musulmanes qu’ils prétendent défendre. Ils sont plus nihilistes qu’utopistes.

Aucun ne s’intéresse à la théologie

Si certains sont passés par le Tabligh (société de prédication fondamentaliste musulmane), aucun n’a fréquenté les Frères musulmans (Union des organistions islamiques de France), aucun n’a milité dans un mouvement politique, à commencer par les mouvements propalestiniens. Aucun n’a eu de pratiques « communautaires » : assurer des repas de fin de ramadan, prêcher dans les mosquées, dans la rue en faisant du porte-à-porte. Aucun n’a fait de sérieuses études religieuses. Aucun ne s’intéresse à la théologie, ni même à la nature du djihad ou à celle de l’Etat islamique.

Ils se radicalisent autour d’un petit groupe de « copains » qui se sont rencontrés dans un lieu particulier (quartier, prison, club de sport) ; ils recréent une « famille », une fraternité. Il y a un schéma important que personne n’a étudié : la fraternité est souvent biologique. On trouve très régulièrement une paire de « frangins », qui passent à l’action ensemble (les frères Kouachi et Abdeslam, Abdelhamid Abaaoud qui « kidnappe » son petit frère, les frères Clain qui se sont convertis ensemble, sans parler des frères Tsarnaev, auteurs de l’attentat de Boston en avril 2013). Comme si radicaliser la fratrie (sœurs incluses) était un moyen de souligner la dimension générationnelle et la rupture avec les parents. La cellule s’efforce de créer des liens affectifs entre ses membres : on épouse souvent la sœur de son frère d’armes. [...]

Les terroristes ne sont donc pas l’expression d’une radicalisation de la population musulmane, mais reflètent une révolte générationnelle qui touche une catégorie précise de jeunes.

Pourquoi l’islam ? Pour la deuxième génération, c’est évident : ils reprennent à leur compte une identité que leurs parents ont, à leurs yeux, galvaudée : ils sont « plus musulmans que les musulmans » et en particulier que leurs parents. L’énergie qu’ils mettent à reconvertir leurs parents (en vain) est significative, mais montre à quel point ils sont sur une autre planète (tous les parents ont un récit à faire de ces échanges). Quant aux convertis, ils choisissent l’islam parce qu’il n’y a que ça sur le marché de la révolte radicale. Rejoindre Daech, c’est la certitude de terroriser.

Olivier Roy

http://www.nuitetjour.xyz/nuitetjourfree/2015/11/24/une-rvolte-gnrationnelle-et-nihiliste

Ajout du 25-11-2015 : Tin toutes les vidéos sautent en ce moment...

Ajotu du 26-11-2015 : Récit du groupe de rock de l'attaque du Bataclan

Ajout du 02-12-2015

Ajout du 03-12-2015

Ajout du 11-12-2015 : On partage ou pas mais ça à le mérite d'exister...

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