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Antisémitisme

Publié le 7 Mars 2015 par Didier in société, censure

Je vais recenser ici des avis sur l'antisémitisme et la manière dont il est utilisé à toute les sauces pour faire taire les gens et intellectuels

Au 10-10-2014

Ajoutée le 8 oct. 2014

Entretien (skype) avec Jean Bricmont, physicien belge, réalisé par la journaliste suisse Silvia Cattori le 7 octobre 2014. Ceci pour faire suite à la "polémique Bricmont" ouverte par Daniel Schneidermann, directeur d'Arrêt sur images qui n'a pas apprécié les propos tenus par le Belge, à Hors-Série, dans la dernière émission de Maja Neskovic consacrée au livre "La République des censeurs" (Jean Bricmont). (http://www.hors-serie.net/edito.php ).
Schneidermann accuse notamment Bricmont de « grande confusion négationniste» et d'antisémitisme" ( http://www.arretsurimages.net/chroniq... ). Il nous a paru impératif de donner la parole à l'accusé.

RETOUR SUR LA "POLÉMIQUE" BRICMONT

"Du "confusionnisme" de Bricmont... et de ses accusateurs

Nous voici donc dans l’épineuse situation d’une divergence d’analyse, entre Daniel Schneidermann, qui dirige Arrêt sur images, et l’équipe de Hors-Série, techniquement dépendante d’@si mais intégralement indépendante sur le plan éditorial. Epineuse mais passionnante situation, qui donne l’occasion d’un riche débat : je trouve très saine la manière dont elle se traduit ici par une discussion publique, et précieuse l’opportunité qu’elle donne de clarifier les points qui nous opposent.

En tant que directrice de publication de Hors-Série je suis évidemment en devoir de répondre aux accusations de défaut de travail – notre invité aurait été insuffisamment "contextualisé" - et, beaucoup plus grave, des accusations d’antisémitisme concernant notre invité, Jean Bricmont.

FAIBLESSES DE L’ENTRETIEN OU FAIBLESSE DE SA RÉCEPTION ?

Ces accusations portent peu sur l’entretien en lui-même, à l’exception du passage (5 minutes sur plus d'1h40 d'émission) sur les citations d’historiens que Bricmont énumère sans que soient toujours bien intelligibles la source et le contexte de ces citations. Et c’est ici que se situe le premier problème, selon Daniel:«toutes les citations de Bricmont sont décontextualisées, et Bricmont leur fait dire ce qu'il a envie de leur faire dire, et qu'elles ne disent pas forcément»

Reprenons tranquillement ce que Bricmont dit – ce sera un peu long, mais je ne vois pas comment faire autrement puisque Daniel produit des interprétations abusives sur à peu près chacune d’entre elles: rappelons d’abord que ces historiens sont décrits par Bricmont comme "orthodoxes" et "souvent d’origine juive", afin de prévenir toute interprétation qui voudrait faire d’eux des chercheurs déviants à tendance antisémite.

VERBATIM

Bricmont commence par Arno Mayer, qu’il présente : «prof à Princeton, d’origine juive, qui était en Europe pendant la guerre, qui est édité à la Découverte, qui est préfacé par Vidal Naquet: je fais toute la liste pour montrer que vraiment, plus orthodoxe que ça, c’est pas possible: il dit que ‘les sources sur l’holocauste sont rares et peu sûres’; il dit qu’on n’a pas de déposition, que c’est basé sur des témoignages et des aveux, qu’il faut les examiner avec soin»

Nous avons donc bien une citation sourcée: elle est d’Arno Mayer, dans un ouvrage préfacé par Vidal Naquet. Et non, comme l’affirme à tort Daniel, de Vidal-Naquet lui-même: c’est la première faiblesse interprétative de Daniel, qui fait dire à Bricmont ce qu’il ne dit pas du tout.

Puis, Bricmont à nouveau: «Vidal Naquet dit dans sa préface qu’il faut diviser certains nombres, certains chiffres, par un facteur de 4». Qui fait faire à Daniel ce commentaire accusatoire: «quel nombre? On ne saura pas». On le saura d’autant moins que Vidal Naquet lui-même ne le précise pas dans sa préface; c’est ici l’historien (parfaitement légitime, précisons-le, sur le plan académique) qui est imprécis dans son expression : en quoi Bricmont peut-il être tenu pour responsable de cette imprécision ? C’est ici la deuxième faiblesse interprétative de Daniel, qui prête à Bricmont les défauts d’un autre que lui, et ce en toute mauvaise foi, car Maja précise pourtant aussitôt : «il ne dit pas quels chiffres», ce que confirme Bricmont: «il ne dit pas quels chiffres».

Puis, Bricmont: «Poliakov dit ‘la campagne d’extermination des juifs reste en ce qui concerne la conception, ainsi que sur bien d’autres aspects essentiels, plongée dans le brouillard», phrase que Daniel juge "manipulatoire": Daniel affirme "contrairement à ce que laisse penser l'entretien, Poliakov parle de la conception de l'extermination, côté nazis. Il ne remet évidemment pas en cause les témoignages des victimes". On ne voit pas où est la manipulation dans l’énoncé de Bricmont qui parle explicitement de la "conception" de cette campagne (forcément côté nazi puisque ce sont les nazis qui l'ont conçue), et qui ne remet nullement en cause les témoignages des victimes. Troisième faiblesse interprétative de Daniel, qui croit entendre de la manipulation dans un énoncé tout à fait explicite et dépourvu des sous-entendus qu’il lui prête. On notera au passage que le travail de contextualisation est à nouveau initié par Maja: "C’est qui Poliakov?", à quoi Bricmont répond: "c’est l’un des principaux historiens, il a écrit Le Bréviaire de la haine, etc"

Bricmont continue: "Yehuda Bauer, qui est aussi un historien, considère que ‘l’histoire selon laquelle l’extermination des juifs a été décidée à Wansee’, ce que j’ai toujours cru, ‘est sotte’, il dit ça; alors que Netanyaou a été à l’ONU, avec le protocole de Wansee, il l’a agité (geste mimant un livre brandi) pour montrer que c’était- (il est interrompu par Maja) pour montrer que ça s’était bien passé, alors il faudrait savoir". Ce passage est évoqué par Daniel en ces termes: "Une pincée de controverse sur la conférence de Wannsee (controverse ancienne, sur l'origine de la politique d'extermination, et déconnectée de l'existence même des chambres à gaz)." Là, j’avoue, je ne comprends pas en quoi consiste l’accusation, trop allusive pour être intelligible.

Puis, Bricmont: "Quand Jan Van Peelt dit que 'nous n’avons pas les éléments physiques pour prouver 99% de ce que nous savons’, mais c’est quoi, c’est une vérité révélée? Il n’explique pas, ça. Quand Eric Conan dit ‘Auschwitz, tout est faux, ce qu’on montre aux touristes etc, on se dit, mais qu’est-ce que c’est cette histoire, pourquoi ces gens sont pas poursuivis?" (Mise à jour du 9 octobre 2014 : la citation exacte d'Eric Conan est "tout y est faux"***, et renvoie précisément au crématoire I, reconstitué en 1948 dans son état d'origine supposé, cf en bas de l'article où nous restituons le contexte de cette citation. C'est la précision que Maja s'efforce de faire entendre dans la suite de l'échange) :

- Maja: "il dit que le camp a été reconstitué"

- Bricmont: "ce qu’on montre aux touristes, oui, mais il dit l’expression ‘tout est faux’".

- Maja: "Donc vous vous montrez ces exemples-là pour montrer que, en gros… "

- Bricmont: "Pourquoi ils ne sont pas poursuivis?"

- Maja: "Quand ces affirmations sont le fait d’historiens reconnus, orthodoxes, enfin, légitimes, voilà, ces opinions, en gros ce qu’on peut dire, ils ne sont jamais attaqués, ils ne sont jamais inquiétés. Et donc c’est là que se pose le problème de l’intention, c’est-à-dire qu’on pourrait très bien dire voilà: ces historiens n’ont pas l’intention, quand ils rappellent ces faits, n’ont pas l’intention de réveiller l’antisémitisme"

- Bricmont: "Mais qu’est-ce qui vous dit que les autres ont cette intention?"

- Maja: "Rien, moi j’en sais rien"

- Bricmont: "Mais c’est trop facile!De nouveau comme je dis, l’intention n’intervient que quand il y a délit; si ces expressions ne sont pas délictueuses, alors celle de Gollnisch qui dit essentiellement que les historiens doivent être libres, qui a été traîné au tribunal, jusqu’à la cour de Cassation, où là il a gagné, mais il a eu procès sur procès, eh bien Monsieur Gollnisch ne devrait pas être poursuivi si ces gens-là ne sont pas poursuivis"

Là où Daniel voit de la "confusion négationniste", nous voyons, nous, l’illustration claire du problème d'arbitraire et de deux-poids-deux-mesures que dénonce Bricmont tout au long de l’entretien. Son propos n’est pas d’accréditer les thèses négationnistes mais de montrer que des énoncés analogues (ceux qui relèvent de la discussion historique sur l'holocauste) sont traités de manière radicalement contrastée en fonction du très opaque critère des "intentions", ou de la légitimité de l'énonciateur.

Arrive enfin le cas Pressac, dont Bricmont précise qu’il a été "proche de Faurrisson", qu’il a "écrit un livre: Les Crématoires d’Auschwitz, la machinerie du meurtre de masse, qui a été édité par le CNRS, après avoir été publié en anglais par la Beate et Serge Klarsfeld Foundation": "En 86, Klarsfeld annonce la parution du livre de Pressac, il dit ‘ça constituera la preuve des preuves'". Bricmont s’étonne: "Avant ça il n’y avait pas de preuves? (...) En 86? Alors que Nuremberg c’est 46? Il aurait dit ça quatre ans après, alors qu’il y avait la Loi Gayssot, il aurait été poursuivable !". Puis Bricmont conclut sur la dernière interview publiée de Pressac, dans laquelle ce dernier a affirmé que "'95% du Zyclon B a été consacré à l’épouillage', il ridiculise la chasse aux nazis, il dit que l’attaque contre l’URSS était préventive, il dit qu’il y a 'un coefficient émotionnel multiplicateur pour les chiffres qui varient de deux à sept et qui s’applique aussi à Auschwitz'"

- Maja:"En vertu de la Loi Gayssot il aurait pu être condamné"

- Bricmont : "Oui, mais ça aurait fait désordre d’avoir le chevalier blanc qui va terrasser les révisionnistes dans les années 80 qui est poursuivi pour négationnisme en 2000".

Daniel nous reproche ici de ne pas mentionner que Pressac, d’abord proche de Faurrisson, s’en est éloigné; j’avoue, là encore, ne pas comprendre en quoi cet élément de contextualisation infléchit l’interprétation de ces faits. Le cas Pressac illustre, dans ce que Bricmont en restitue, le travail permanent de la recherche historique, dont les résultats évoluent à mesure que s’affinent les études (et à nouveau l’arbitraire de la Loi Gayssot, qui se fait en effet à la tête du client). Et, si j’en crois la grille analytique de Daniel, le fait que Pressac se soit éloigné de Faurrisson ne fait qu’accroître sa légitimité et la recevabilité de son discours sur les camps - y compris quand il met en garde sur le "coefficient émotionnel multiplicateur" relatif aux chiffres sur Auschwitz.

Certes, comme il le déplore, ni Maja ni Bricmont ne sont historiens. Pressac non plus d’ailleurs, ni moi. Ni Daniel non plus. Aucun des protagonistes de cette polémique n’est parfaitement légitime pour se prononcer sur l’état des études historiques concernant la Shoah; ce n’est d’ailleurs nullement le propos de cet entretien, qui est centré sur la liberté d’expression, et les limites problématiques que la Loi Gayssot vient y apporter. Il convient donc d’être attentif à ce qui se dit, tout ce qui se dit, rien que ce qui se dit. Je persiste à penser que les énoncés que j’ai retranscrits ici ne relèvent pas d’une accréditation des thèses négationnistes, ni même de quelque confusionnisme que ce soit.

BRICMONT, AUTEUR D’UN ÉNONCÉ ANTISÉMITE?

Vient le deuxième chef d’accusation, qui concerne un énoncé produit par Bricmont en dehors de notre émission, et dans lequel Daniel voit une expression d’antisémitisme. L’énoncé en cause fait partie d’un ensemble qu’il convient de restituer:

Est-ce que c'est antisémite, de se poser la question, de comment se fait-il qu'une personne, peut-être parfaitement neutre, etc., d'origine juive, prend seule la décision d'annuler le spectacle de Dieudonné hier au Conseil d'État ? Que dirait-on si une personne d'origine musulmane décidait seule dans un procès ayant à voir avec les caricatures du prophète ? Que dirait-on si une personne d'origine catholique seule décidait dans des procès ayant à voir avec des spectacles dits christianophobes ou sur la question du mariage pour tous ?

Comme on peut le constater en contextualisant la citation – car nous sommes bien d’accord, Daniel, il convient de contextualiser – ce sont toutes les appartenances confessionnelles qui sont envisagées comme étant susceptibles de troubler l’apparence de neutralité. Car c’est ce qui occupe Bricmont, et il est explicite là dessus: "La Justice ne doit pas seulement être neutre, elle doit paraître neutre. Est-ce que l'apparence de neutralité est préservée dans ce cas-là ?"

Si Bricmont se rend coupable d’un préjugé, c’est du réductionnisme essentialiste : supposer qu’une personne est entièrement déterminée dans ses actes par son "essence", ici son appartenance confessionnelle. S’appliquant à toutes les religions, cette suite de questions pêche éventuellement par essentialisme, certainement pas par antisémitisme. C’est tout de même beaucoup moins grave (et parfaitement légal).

L'APPARENCE DE LA NEUTRALITÉ, NOTION JURIDIQUE

Et je ne crois même pas qu’il pêche par essentialisme, car il insiste sur le problème de l’apparence de la neutralité, et non pas la neutralité elle-même. C’est une notion juridique, comme l’a rappelé un @sinaute: « L’article 6 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme, tel qu’il est interprété par la Cour européenne de Strasbourg, exige aussi du juge une impartialité que l’on qualifie d’objective c’est-à-dire que le juge ne doit pas seulement être impartial mais il doit également donner l’image de l’impartialité. (…) Ainsi une partie pourra demander à un magistrat de ne pas examiner une affaire sans devoir l’accuser d’être personnellement de parti pris mais simplement en démontrant que la partialité est apparente."

La neutralité, l’absolue neutralité, est humainement impossible ; la Justice doit la rechercher, mais aucun juge ne saurait l’incarner. Il ne s’agit donc pas de récuser des juges, ni encore moins de s’en débarrasser (le propos de Bricmont porte sur la Loi Gayssot, qu’il faudrait selon lui abroger, non sur des juges qu’il faudrait disqualifier).

LE DROIT, PRIS ENTRE PRÉJUGÉ "INTENTIONNALISTE" ET PRÉJUGÉ "NEUTRALISTE"

Cette impossible incarnation de la neutralité, les juges en sont parfaitement conscients eux-mêmes. Matthieu Bonduelle, magistrat, juge d’instruction au tribunal de grande instance de Créteil, a écrit sur la question un remarquable papier : Juger est un acte politique, paru dans le Monde Diplomatique de septembre. Puisque le propos qui nous occupe concerne une loi (la Loi Gayssot) et non l'Histoire de l'holocauste, il est sans doute pertinent d'écouter un professionnel du Droit. Que dit ce juge d'instruction ? Il met en garde contre les deux préjugés réductionnistes qui pèsent sur la perception du juge : "l’un neutraliste et l’autre intentionnaliste". Le second est celui qu’on reproche à Bricmont, qui consiste à prêter au juge des "intentions" liées à ses déterminations personnelles, infléchissant sa manière de rendre la justice. C'est ce que nous avons appelé le "réductionnisme essentialiste" (peut-être fautif, mais certainement pas coupable d'antisémitisme, on l'a vu).

Le premier préjugé est intéressant, et nous permettra de clore cette analyse : il consiste à prétendre que le Droit, et ceux qui le font vivre (les juges), sont "neutres"... Chimère que Bourdieu a dénoncée en des termes très clairs: "Etant donné l’extraordinaire élasticité des textes, qui va parfois jusqu’à l’indétermination ou l’équivoque, (le juge) dispose d’une immense liberté. Il n’est sans doute pas rare que le droit, instrument docile, adaptable, souple, polymorphe, soit en fait mis à contribution pour rationaliser des décisions auxquelles il n’a eu aucune part"*. Bourdieu parlait ici du droit en général, et non de la loi Gayssot – qui est pourtant la manifestation la plus spectaculaire de cette "élasticité" du droit donnant au juge une immense marge de manœuvre, laissant tant de place à l’arbitraire que dénonce Bricmont.

Et si notre invité dérange autant, c’est sans doute parce que le droit, "forme par excellence du discours légitime" ne peut "exercer son efficacité spécifique que dans la mesure (…) où reste méconnue la part plus ou moins grande d’arbitraire qui est au principe de son fonctionnement"**.Ce n’est pas moi qui affirme cela, cet arbitraire du droit qu’il faut s’efforcer de ne pas trop faire apparaître : c’est Pierre Bourdieu, encore, cité par le même juge d’instruction, Matthieu Bonduelle. Il rappelle donc que "juger est un acte politique" ; en d’autres temps, Descartes avait posé que "percevoir, c’est juger". En lisant Daniel livrer sa perception des propos de Bricmont, manifestement orientée, on ne peut que constater que ces deux axiomes se vérifient inlassablement.

* Pierre Bourdieu, "La force du droit. Eléments pour une sociologie du champ juridique", Actes de la recherche en sciences sociales n°64, Paris, 1986.

** Ibid.

*** Le contexte de la citation d'Eric Conan : nous copions ici le paragraphe entier où figure la citation "tout y est faux", afin qu'aucun malentendu ne soit possible sur la portée de cette déclaration : "En 1948, lors de la création du musée, le crématoire I fut reconstitué dans un état d'origine supposé. Tout y est faux : les dimensions de la chambre à gaz, l'emplacement des portes, les ouvertures pour le versement du Zyklon B, les fours, rebâtis selon les souvenirs de quelques survivants, la hauteur de la cheminée. A la fin des années 70, Robert Faurisson exploita d'autant mieux ces falsifications que les responsables du musée rechignaient alors à les reconnaître." Article paru le 19/01/1995 dans L'Express, et disponible en ligne dans son intégralité.

Ajout du 06-03-2015

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